Saïd Bouhadja

«J’ai informé le Président qu’on m’a démissionné»

Le feuilleton de ce qu’il convient d’appeler «l’affaire Bouhadja» tire à sa fin. Hier dimanche, le président de l’Assemblée populaire nationale a reçu, en effet, les «meneurs» de la contestation, une coalition de cinq groupes parlementaires qui exigent son départ de la tête de la Chambre basse du Parlement, et qui ont ainsi formalisé cette demande. Bouhadja est désormais acculé et désarmé.

Alger – Comment ne pas l’être lorsque, comme interlocuteurs, il a eu, au cours de cette rencontre, tenue dans l’après-midi d’hier au siège de l’Assemblée, les chefs des groupes parlementaires respectifs du Front de libération nationale, du Rassemblement nationale démocratique, du Mouvement populaire algérien et du parti TAJ en plus de celui du groupe des indépendants.

Autant dire l’ensemble des partis de la majorité présidentielle. Selon une source sûre, les chefs des groupes en question ont, au cours de cette rencontre, remis à Saïd Bouhadja, la lettre , plutôt le texte de la pétition exigeant son départ et dans laquelle les signataires menaçaient que, dans le cas contraire, ils procéderaient au blocage total de toutes les instances et structures de l’Assemblée. Bouhadja tentera alors de lancer une nouvelle manœuvre en exigeant à ce qu’il lui soit remis la liste des signataires, nous confie-t-on de même source.

Ce à quoi, les chefs des groupes reçus, et certainement sur instruction de leurs directions nationales respectives (s’agissant des partis politiques) ont signifié une fin de non-recevoir en lui précisant, en outre que les signatures appartiennent à leurs auteurs. Nos collègues nous ont seulement chargés de vous remettre la lettre, uniquement».

Précisons toutefois que cette pétition commune lancée par les quatre partis de l’Alliance vendredi dernier, porte les signatures de 351 députés sur les 461 que compte l’Assemblée. Toujours est-il que, Saïd Bouhadja surprendra ses interlocuteurs lorsqu’il leur annoncera : «Je vais déposer ma démission dans les quarante huit heures.

De toutes les faucons, j’ai officiellement adressé un courrier dans son ce au président de la République pour l’informer que j’ai été démissionné » ! Ce faisant, Saïd Bouhadja escomptait-il une intervention présidentielle en sa faveur ? L’ambiguïté sciemment entretenue par le terme «j’ai été démissionné », place et lieu de «je démissionne », le laisse suggérer. Visiblement, l’homme tente de jouer les «prolongations» et aura tout fait pour essayer de renverser la vapeur ! La dernière manœuvre tentée hier dimanche, l’atteste si bien.

Bouhadja contactera, en fin de journée, c’est-à-dire après la réunion avec les cinq chefs de groupes, le chef du groupe du parti majoritaire, le FLN auquel il demandera de se voir en tête-à-tête. Flairant le piège, ce dernier consultera sa direction nationale. Suite à quoi, le chef du groupe FLN rendra sa réponse : «Si rencontre devait y en avoir, elle n’aura lieu qu’au niveau du siège du groupe parlementaire du FLN à l’Assemblée et en présence des vice-présidents et des présidents des commissions permanentes…».

Autrement dit, pas question d’une rencontre en tête-à-tête et, pire encore pour Bouhadja, il lui est signifié, à travers cette réponse, de se «rabaisser» du point de vue protocolaire, ce qui est , en soi, un immense camouflet. C’est dire que les commanditaires de la destitution de Bouhadja ne comptent pas du tout accorder la moindre petite chance à celui qui, il ne faut pas l’oublier avait «osé dépasser la ligne rouge».

Une ligne rouge rappelée par le secrétaire général du FLN lors de sa rencontre avec son groupe parlementaire, mercredi dernier : «Les décisions du président de la République sont indiscutables et non négociables…» C’était, en effet, la présidence de la République qui avait «demandé» à Saïd Bouhadja de réhabiliter le secrétaire général qu’il avait limogé la semaine dernière. Son refus d’accéder à ce «souhait » présidentiel déclenchera toute l’affaire et scellera définitivement le sort de celui dont la nomination- élection à ce poste prestigieux constituait l’une des grosses surprises politiques de l’année 2017.

K. A (Le Soir)

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