Algérie

Sonatrach : ces investissements massifs vont-ils soulager le portefeuille des Algériens ?

Sonatrach : ces investissements massifs vont-ils soulager le portefeuille des Algériens ?

À la casbah d’Alger, sous un soleil de février qui tape déjà fort, les chauffeurs de taxi se plaignent amèrement. « Le gasoil à 40 dinars le litre, et voilà que le GPL grimpe encore ! Comment on fait pour boucler les fins de mois ? », lance Karim, un père de famille qui roule toute la journée entre Bab Ezzouar et le centre-ville. À Oran, sur le marché de Medina Jedida, les ménages scrutent les bonbonnes de butane à 2600 dinars, essentielles pour cuisiner le couscous du vendredi. À Constantine, dans les ruelles escarpées, les mères de famille murmurent : « Malgré les promesses de Sonatrach, pourquoi les prix de l’énergie ne baissent-ils pas malgré les mesures officielles ? »

Un plan « colossal » pour l’exploration et la production

Sonatrach déploie un vaste plan d’investissement pour 2026-2030, centré sur l’exploration et la production, qui capte 75% des budgets de développement du groupe. Noureddine Daoudi, PDG de Sonatrach, l’annonce à l’occasion du double anniversaire de l’UGTA et de la nationalisation des hydrocarbures le 24 février. Ce programme « colossal » couvre 66% du domaine minier national : 500 puits d’exploration à forer, des acquisitions sismiques en 3D et 2D, et des études géologiques poussées.

La production suit : 950 puits de développement et 6300 opérations sur les existants. 26% de ce budget se fait en partenariat international. Objectif ? Renouveler les réserves pétrolières et gazières pour sécuriser l’approvisionnement national et conforter la position d’exportateur fiable de l’Algérie.

En 2025, 17 découvertes ont été réalisées dans des bassins matures, prouvant le potentiel prospectif du sous-sol algérien. « Nos bassins sédimentaires recèlent un potentiel important », insiste Daoudi. Ces résultats valident la stratégie, malgré une consommation intérieure en hausse – plus de 45 milliards de m³ de gaz en 2023.

Pétrochimie : vers l’autosuffisance et des emplois locaux

Sonatrach pivote vers un modèle intégré, poussé par les orientations présidentielles : transformer les ressources sur place pour booster la souveraineté industrielle. La pétrochimie devient un levier de diversification, créant emplois et valeur ajoutée. 13% des investissements 2026-2030 y sont consacrés.

Projets phares en construction :

  • Complexe MTBE à Arzew (additif pour essence sans plomb), à 86% d’avancement en février 2026, mise en service en juin.
  • Complexe LAB à Skikda (pour détergents et nettoyants).
  • STEP/PDH PP à Arzew (polypropylène, actuellement importé).

En partenariat, un PDH PP avec Ronesans en Turquie. Ces usines viseront l’export et attireront les IDE, tout en favorisant les PME locales dans les plastiques. Impact économique : réduction des importations, création d’emplois directs et indirects dans des wilayas comme Oran et Skikda.

Partenariats internationaux : 8 contrats en 2025, et ce n’est pas fini

L’année 2025 a vu 8 contrats d’hydrocarbures signés sous la loi 19-13, dont 5 via l’Alnaft Bid Round 2024 avec majors étrangères. Sonatrach négocie encore avec d’autres pour les protocoles de 2024-2025. Ces alliances injectent technologies et capitaux, avec un investissement minimal de 606 millions de dollars.

À Alger, un expert du secteur comme Lakhdar, consultant indépendant, tempère : « Ces partenariats boostent la production, mais les ménages attendent un impact sur les prix locaux. Sans régulation stricte, la manne export risque de ne pas profiter au quotidien. »

55 ans après la nationalisation : de la souveraineté à la diversification ?

Le 24 février 1971 marque la nationalisation, un « acte fondateur » qui a donné à Sonatrach le contrôle des richesses énergétiques, finançant le développement post-indépendance. Aujourd’hui, le groupe vise un mix énergétique durable d’ici 2030, avec moins de torchage (moins de 1%) et une production gazière doublée.

À la pompe d’une station Naftal à Alger, Fatima, une enseignante, soupire : « Sonatrach produit pour l’Europe, mais chez nous, l’essence passe de 45 à 47 dinars le litre. Marchand, un soudeur d’Arzew, ajoute : « Les nouveaux jobs pétrochimiques, super, mais si le gaz butane flambe à 490 dollars la tonne à l’export, on paie ici. »

Politiques publiques : assez pour juguler la volatilité des prix ?

Les investissements de Sonatrach – 60 milliards de dollars sur 2025-2029 – promettent autosuffisance énergétique. Mais la demande intérieure explose : 95% de l’électricité au gaz, carburants subventionnés sous pression. Les hausses récentes du GPL (propane à 500 $/t, butane à 490 $/t en février 2026) impactent ménages et transport, malgré les contrôles officiels.

Critique : les intermédiaires et la spéculation locale amplifient la volatilité, comme pour les produits frais. À Oran, prix du gasoil observés à 38-42 DA/litre ; à Constantine, bonbonnes butane raréfiées. Le gouvernement doit renforcer la régulation logistique et la transparence pour que les gains d’exploration irriguent vraiment les citoyens.

Ces plans massifs de Sonatrach transformeront-ils l’Algérie en hub énergétique régional, ou les ménages algériens continueront-ils à serrer la ceinture face à des prix énergétiques grimpants ? Des réformes urgentes en régulation et diversification s’imposent-elles pour que la souveraineté profite à tous ?