L’Italie se retrouve au cœur d’un délicat équilibre géopolitique entre l’Algérie et le Maroc, deux voisins rivaux du Maghreb. Rome doit jongler entre un partenariat énergétique crucial avec Alger et des liens commerciaux solides avec Rabat. Ce dilemme s’est cristallisé mi-février 2026 lors du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, où une rencontre entre Giorgia Meloni et Aziz Akhannouch a été refusée, malgré les insistances italiennes. Ce froid diplomatique illustre les turbulences nées du rapprochement stratégique italo-algérien, accéléré depuis l’invasion russe en Ukraine. Officiellement, les relations restent cordiales, mais les enjeux gaziers et la rivalité maghrébine mettent Rome en position inconfortable.
Contexte du malaise diplomatique
Les relations entre l’Italie et le Maroc paraissent solides en surface. Les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint un record d’environ 5 milliards d’euros en 2025, avec une forte présence d’entreprises italiennes à Tanger Med, dans l’automobile et la logistique. Le bicentenaire des relations diplomatiques a été célébré en 2025, renforçant les liens culturels et économiques.
Pourtant, des signes de tension émergent. Mi-février 2026, lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, Giorgia Meloni a tenté de s’entretenir avec Aziz Akhannouch, chef du gouvernement marocain représentant le roi Mohammed VI. La demande a été rejetée, selon le magazine TelQuel, révélant un malaise en coulisses. Akhannouch était présent pour le sommet Afrique-Italie, dans le cadre du plan Mattei de Meloni visant à développer des partenariats équilibrés avec l’Afrique.
Le rôle clé du gaz algérien
L’Italie dépend fortement de l’Algérie pour son approvisionnement en gaz. En 2025, Alger a fourni 32,8% des importations italiennes, soit près de 20 milliards de mètres cubes via le gazoduc Transmed, plus 1,62 million de tonnes de GNL. Ce chiffre dépasse les 36% mentionnés initialement et confirme Alger comme premier fournisseur non russe.
Depuis 2022, le géant ENI a intensifié sa coopération avec Sonatrach. Des accords récents, signés en juillet 2025 lors d’un sommet intergouvernemental, prévoient d’augmenter la production gazière et d’investir plus de 8 milliards de dollars dans des champs comme Zemoul El Kbar. En février 2026, de nouvelles négociations ont été lancées pour réviser les contrats, adaptant les volumes aux besoins italiens et aux normes anti-méthane de l’UE.
| Fournisseur | Part des importations italiennes (2025) | Volume principal (m³/an) |
|---|---|---|
| Algérie | 32,8% | 20 milliards via Transmed |
| Russie | En baisse significative | – |
| Autres (GNL) | Variable | 1,62 million tonnes GNL |
Ce tableau montre la domination algérienne, essentielle post-Ukraine.
Équilibre économique avec le Maroc
Malgré la dépendance gazière, l’Italie cultive ses liens avec le Maroc. Les investissements italiens se concentrent sur Tanger, avec des secteurs comme l’agroalimentaire et les énergies renouvelables. Un accord récent entre la Chambre de commerce marocaine en Italie et une fédération italienne vise à soutenir les PME bilatérales.
Rome cherche un « équilibre maghrébin », comme l’a exprimé un responsable italien en 2019, mais les tensions persistent. Le plan Mattei de Meloni promeut des partenariats « équitables », incluant le Maroc pour contrer l’influence chinoise et russe en Afrique.
Rivalités maghrébines et position italienne
La rivalité Algérie-Maroc, exacerbée depuis la rupture diplomatique de 2021, complique la donne. Alger soutient le Polisario sur le Sahara occidental, tandis que Rabat bénéficie de reconnaissances internationales. Lors du sommet UA de février 2026, les deux pays se disputaient des postes clés, avec l’Italie observant prudemment.
Giorgia Meloni pratique un « équilibrisme » : visite en Algérie en juillet 2025 sans soutien au Polisario, et invitations mutuelles avec Akhannouch. Des rumeurs de pressions franco-marocaines sur Rome circulent, mais sans preuves solides.
- Points de friction : Refus de rencontre à Addis-Abeba ; divergences sur le Sahara.
- Convergences : Commerce bilatéral ; lutte contre l’immigration illégale.
- Enjeux communs : Stabilité méditerranéenne ; transition énergétique.
Perspectives et défis à venir
L’Italie continuera son « plan Mattei », avec des investissements en Afrique du Nord pour diversifier l’énergie et les migrations. Des projets comme l’extension du Transmed à 40 milliards m³/an ou l’hydrogène vert avec Alger sont en vue . Avec le Maroc, des visites officielles sont prévues, potentiellement doublées d’un forum d’affaires.
Ce positionnement expose Rome à des risques : une escalade maghrébine pourrait perturber les flux gaziers ou commerciaux. L’UE encourage la diversification, mais Alger reste incontournable à court terme. Les prochaines négociations gaziers en 2026 seront décisives pour stabiliser cet étau géopolitique.

















