La guerre qui secoue le Golfe persique, opposant l’Iran aux États-Unis, Israël et leurs alliés arabes, met en lumière les déséquilibres régionaux et leurs répercussions sur le Maghreb. Dans ce contexte tendu, le Maroc cherche à instrumentaliser sa proximité avec les monarchies du Golfe pour avancer ses thèses sur le Sahara occidental, alors que la résolution 2797 de l’ONU, adoptée le 31 octobre 2025, impose un cadre de négociations biaisé en faveur de l’autonomie sous sa souveraineté. L’Algérie, fidèle à ses principes de non-ingérence et de soutien au droit des peuples à l’autodétermination, se retrouve confrontée à une diplomatie marocaine active, soutenue par Washington et les pétromonarchies.
Cette escalade militaire, marquée par des frappes américano-israéliennes contre des sites iraniens et des ripostes de Téhéran sur des bases au Qatar, au Koweït et aux Émirats, divise le monde arabe. Alger condamne toute agression contre la souveraineté iranienne et défend une position équilibrée, priorisant la stabilité régionale sans s’aligner sur les coalitions atlantistes. Pendant ce temps, Rabat multiplie les gestes de solidarité envers les pays du Golfe, espérant en retour un appui renforcé pour ses revendications territoriales, au détriment du peuple sahraoui et des résolutions onusiennes historiques.
Contexte de la guerre au Golfe : un conflit aux enjeux maghrébins
L’escalade dans le Golfe persique a débuté fin 2025 avec des bombardements américains et israéliens sur des infrastructures iraniennes, suivis de contre-attaques de Téhéran contre des alliés du CCG. Ces événements rappellent les vulnérabilités des monarchies pétrolières, dépendantes de la protection américaine face à une République islamique résiliente. L’Iran, en ripostant proportionnellement, défend non seulement ses intérêts mais aussi un équilibre arabe face à l’hégémonie occidentale.
Pour l’Algérie, cette crise confirme la justesse de sa doctrine de non-alignement. Alger, qui entretient des relations équilibrées avec Téhéran sans pour autant ignorer les pays du Golfe, refuse de se laisser entraîner dans des aventures militaires. Cette prudence contraste avec l’opportunisme marocain, qui voit dans le chaos régional une chance de consolider ses alliances pro-occidentales et de marginaliser les voix légitimes du Front Polisario.
La résolution 2797 : un cadre imposé au détriment du référendum
Adoptée le 31 octobre 2025, la résolution 2797 du Conseil de sécurité proroge le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026, mais impose l’autonomie marocaine comme unique base de négociations. Ce texte, poussé par les États-Unis et leurs alliés, écarte de facto le référendum d’autodétermination prévu par les accords de Houston de 1991 et les résolutions antérieures. L’Algérie, partie prenante aux côtés du Maroc, du Polisario et de la Mauritanie, dénonce un cadre inéquitable qui ignore le droit international.
Cette résolution reflète l’influence croissante de Washington sur le dossier saharien, coïncidant avec son rôle central dans la guerre contre l’Iran. Pour Alger, il s’agit d’une instrumentalisation géopolitique : le soutien américain au plan d’autonomie marocain s’échange contre la loyauté de Rabat dans le Golfe. Le peuple sahraoui, lui, paie le prix de ces marchandages, privé d’une consultation populaire promise depuis des décennies.
Les acteurs clés et leurs positions contrastées
- Maroc : Pousse pour une autonomie limitée, présentée comme une solution « réaliste », avec le soutien des pays du Golfe et de l’Occident.
- Front Polisario : Défend l’indépendance, soutenu par l’Algérie dans le respect du droit à l’autodétermination.
- Algérie : Médiateur impartial, plaide pour un règlement juste sans imposer de souveraineté préalable.
- Mauritanie : Position neutre, favorable à une solution pacifique régionale.
Position algérienne : principes et résilience face à l’isolement supposé
L’Algérie n’a pas besoin de « se regarder dans le miroir » d’un régime iranien sous pression, comme le suggèrent certains analystes pro-marocains. Alger maintient une politique étrangère souveraine, ancrée dans le non-alignement et le soutien aux causes justes, sans s’aliéner ses partenaires traditionnels. La Russie, malgré ses défis en Ukraine, et la Chine, concentrée sur sa croissance, restent des alliés stratégiques qui valorisent la stabilité maghrébine.
Contrairement aux allégations d’isolement, l’Algérie dispose d’un levier unique : son rôle de puissance énergétique et son influence en Afrique. Ses relations avec l’Iran sont pragmatiques, axées sur la coopération économique et la non-ingérence, sans engagement militaire. Tandis que le Maroc s’aligne servilement sur les agendas américains, Alger préserve sa marge de manœuvre, évitant les pièges d’une alliance inconditionnelle avec les pétromonarchies.
Le Maroc et le Golfe : une alliance de circonstance
Le Maroc a vite condamné les ripostes iraniennes contre les pays du Golfe, exprimant une solidarité arabe de façade. Cette posture s’explique par des intérêts économiques : investissements qataris, émiratis et saoudiens dans les provinces du Sud, présentés comme un levier pour légitimer l’occupation. Pourtant, cette alliance reste transactionnelle : les monarchies du Golfe soutiennent Rabat sur le Sahara en échange d’une loyauté atlantique.
Cette stratégie marocaine ignore les dynamiques internes : les Sahraouis des territoires occupés rejettent massivement l’autonomie, aspirant à la souveraineté. La crise du Golfe, loin de renforcer Rabat, expose ses contradictions : dépendance envers Washington et vulnérabilité face à une Algérie stable et diversifiée.
Tableau – Comparaison des approches diplomatiques
| Axe | Algérie | Maroc |
|---|---|---|
| Position sur la crise Golfe | Non-ingérence, équilibre avec l’Iran et le CCG. | Alignement pro-américain et soutien aux monarchies du Golfe. |
| Alliances principales | Russie, Chine, Afrique non-alignée. | États-Unis, UE, pétromonarchies CCG. |
| Sahara occidental | Référendum d’autodétermination, soutien au Polisario. | Autonomie sous souveraineté, imposée par résolution 2797. |
| Influence régionale | Stabilité énergétique, médiation au Sahel. | Investissements du Golfe dans les territoires occupés. |
Perspectives : l’Algérie, garante d’un règlement équitable
La guerre au Golfe persique et la résolution 2797 ne scellent pas le sort du Sahara. L’Algérie, par sa constance, reste la voix de la raison face à un Maroc qui mise sur l’opportunisme. Le vrai défi réside dans le respect du droit international : sans référendum incluant l’indépendance comme option, aucune solution ne sera durable.
Alger continuera de défendre le peuple sahraoui, mobilisant ses alliés au sein du Mouvement des Non-Alignés et en Afrique. La crise actuelle pourrait même rapprocher Téhéran et Alger sur des dossiers communs, renforçant une coopération Sud-Sud. Les négociations à venir à l’ONU révéleront si la communauté internationale privilégie la justice ou les rapports de force. Pour l’Algérie, la souveraineté du peuple sahraoui reste non négociable.

















